Le 20 février dernier ,le ministre de l’Education Nationale à dévoilé l’ esprit et le contenu des nouveaux programmes pour l’école élémentaire. Il y a aussi exprimé la méthode qui devait conduire à une bonne mise en place. Ces nouveaux programmes pour l’école primaire, ont suscité, tant sur le fonds que sur la forme, de nombreuses réactions.

L’esprit des nouveaux programmes.

Donner à chaque enfant les clés du savoir et les repères de la société dans laquelle il grandit est la première exigence de la République et l’unique ambition de l’école primaire.

Le préambule indique sans hésitation que l’école primaire doit se soucier d’ adapter l’enfant aux exigences du monde (clés du savoir, repères de la société) , et exclure toute autre mission. L’enfant est perçu comme une marchandise que l’on complète et non un être unique en devenir. S’il est bien évident que les savoirs sont  indispensables,  il est illusoire de croire que « donner des savoirs » permettra aux enfants de les utiliser à bon escient. Cette vision de l’enfant va à l’encontre des découvertes pédagogiques des 50 dernières années qui expliquent  que l’enfant doit construire son savoir sur la découverte, la compréhension et l’utilisation et non pas sur la simple réception du discours du maître.

La répétition des exercices et la mémorisation systématique, au détriment de la compréhension, forment les piliers des programmes 2008. L’ apprentissage des règles basées sur le quotidien et l’explicitation des comportements est remplacé par les « leçons de morale », l’ apprentissage de références civiques et morales, et de comportements pavloviens prenant le pas sur la compréhension du monde réel.

programmes__coleCette forme d’éducation nous ramène 70 ans en arrière. Certes, on peut considérer qu’avant 1940, cette forme d’enseignement était adaptée à la réalité de l’époque.  On remarquera que les modes de vie et enjeux d’alors étaient très différents du monde actuel.

D’une part, les enfants d’aujourd’hui arrivent à l’école avec un vécu qui n’a rien à voir avec celui des années 30. Mondes virtuels, éclatement de la cellule familiale, urbanisation extrême. L’enfant d’aujourd’hui ne dispose plus des liens forts avec la réalité que nos parents et grands-parents ont pu connaître. D’autre part, le monde du travail évolue bien plus vite que par le passé, demandant de la part de chacun une véritable aptitude à la polyvalence, à la compréhension des phénomènes nouveaux.

Ainsi, les fondements éducatifs de ces nouveaux programmes conduisent à « fabriquer » des générations d’enfants majoritairement inadaptables aux enjeux, pourtant extraordinairement complexes du monde de demain.

La méthode

Les précédents  programmes de l’école primaire avaient été élaborés sur la base d’un large consensus. Cela avait permis au ministre de l’Education Nationale de l’époque,Luc Ferry ,de mettre en place une philosophie de l’éducation cohérente, visant à développer l’ensemble des compétences de l’enfant, et recherchant à respecter les développements biologiques de chacun. Bien accueillis, mais manquant de moyens, ces programmes n’ont jamais pu être évalués.

Monsieur Darcos, actuel ministre de l’Education Nationale, a mis en place une concertation pour le mois de mars/avril. Fausse concertation, puisque les maisons d’édition ont publié, dès le mois de février, les nouveaux ouvrages à destination des enfants.  Cette concertation est bien un mensonge, méthode de gestion qui sera à nouveau mise en évidence dans la suite de cet article.

Le cadre.

Deux changements importants modifient profondément la vision de l’enseignement primaire.

La durée hebdomadaire de présence de l’enfant à l’école passe de 26 à 24 heures. Il ne s’agit pas de la semaine de 4 jours dont certains ont entendu parlé. La durée annuelle d’enseignement est réduite et non conservée.

Cela signifie que les enfants auront moins de temps pour apprendre.

Toutefois, les enfants en difficultés pourront travailler 2 heures hebdomadaires  de plus que leurs camarades, soit le soir après « l’école de 24 heures », soit sur le temps du repas de midi.

La disparition des cycles.

Il y a plus de 20 ans, les pédagogues avaient constaté que les enfants issus de petites écoles étaient plus performants que les autres. La cause en était que, dans les petites écoles, il existe des classes à cours multiples, ce qui permet à chaque enfant d’ être facilement mis en contact avec ce qui correspond à ses capacités .

De ce constat sont nés les cycles. Il s’agissait de la mise en travail collective de plusieurs enseignants, travaillant sur 3 années consécutives et adaptant le parcours scolaire des enfants selon leurs capacités.

Le système des cycles est tout simplement la traduction pédagogique de la diversité d’évolution des enfants dans le temps, permettant de conserver au mieux la motivation des élèves. Désormais, ils sont remplacés par les traditionnelles classes d’antan, remettant au goût du jour le redoublement pur et dur, avec rythme de progression  de l’élève imposé par le ministère.

Le contenu.

Les objectifs annoncés par le ministre de l’Education Nationale sont :

- diviser par 3 le nombre d’élèves en difficulté

- faire diminuer le taux de redoublement à l’école

- consacrer d’avantage de temps à la transmission des savoirs fondamentaux

Pour y répondre, les exigences d’ apprentissages sont décalées.

exemple : un élève de Grande section doit réaliser la correspondance entre lettres et sons (niveau CP + 4mois). Il doit commencer à apprendre les tables de multiplication.

Un élève de CE1 doit être capable d’écrire sans faute sous la dictée  un  texte de 5 lignes avec accords simples, de faire une division par 2 ou 5 pour un nombre inférieur à 100

Au CE1, un élève doit commencer à écrire une langue étrangère. (on imagine les confusions orthographiques qui résulteront de cet apprentissage).

Retour du futur antérieur et du passé antérieur au CM2. Règle de 3.

Nombreux sont les autres  exemples qui s’opposent à un apprentissage raisonné de l’enfant.

Plus généralement, les exigences sont renforcées, et notamment les apprentissage mécaniques.

Moins de temps pour un accroissement des exigences !!!

Annoncer un objectif de diminution des élèves en difficultés en augmentant le nombre d'obstacles à franchir relève une fois de plus de la politique du mensonge.

2 conclusions s’imposent.

- Ce n’est plus à l’école que les enfants apprendront à réfléchir.

- L’histoire, les sciences, la géographie, qui sont sources de compréhension de notre monde, sont presque abandonnées.

Les conséquences.

socialement

Moins de temps pour apprendre plus tôt et plus vite ; il est évident qu’à ce rythme, les enfants en difficultés seront plus nombreux. On reconstitue ce qui existait par le passé , à savoir la sélection entre les enfants destinés à accéder aux postes socialement valorisés, et les autres.

humainement

Les enfants en difficultés, plus nombreux, seront pris en charge sur le temps hors scolaire, accentuant les difficultés pour grand nombre de familles (transports). De plus,la journée, il y aura dans la classe les élèves à 24 heures (les bons) et les élèves à 26 heures (les mauvais). La prise en classe des difficultés par les enseignants hors temps scolaire servira de justificatif à la disparition des réseaux d’aide (RASED) déjà bien malmenés.

Les enfants nécessitant l’aide d’enseignants spécialisés seront donc laissés sans personne compétente.

Si on était dans le domaine médical, ce  serait  un peu comme si on cherchait à concentrer un traitement pour obtenir une guérison plus rapide, et qu’en cas de non guérison, un enfant atteint d’ une maladie spécifique était confié à un médecin généraliste, réduit à l’impuissance.

Les raisons de ces programmes

Ces programmes sont un bon moyen de figer l’organisation de la société, comme c’était autrefois le cas en France.

Une éducation au lire, écrire, compter est enseignée pour toutes et tous afin de pouvoir disposer plus tard, d’ une ressource humaine formée au minimum nécessaire. Mais l’éducation des plus humbles ne doit pas leur permettre d’accéder à une trop grande compétence (on enseigne les automatismes, pas la réflexion) Ainsi, on conserve une main d’œuvre se sentant démunie face aux problèmes complexes. Les enfants des milieux les plus favorisés peuvent compter sur un complément culturel et réflexif, donné au régulièrement (visites de musée, langage châtié, voyages, …) , et qui leur permettra d’accéder aux postes importants de demain.

C’est pourquoi la réflexion et l’ouverture d’esprit sont exclues de ces programmes. Face au monde à venir , monde de raréfaction des ressources et des perspectives, il est important que le nombre de personnes aptes à prendre en charge leur avenir, ne soit pas trop important.

Que faire ?

Les décisions qui sont prises aujourd’hui engagent la vie quotidienne de nos enfants. Ce pouvoir de construire leur avenir est entre les mains d’une minorité  à laquelle nous l’avons confié. Il existe alors 2 possibilités :

- renoncer à reconquérir ce pouvoir, et tenter de faire accéder notre enfant au « monde des gagnants ». A ce jeu, la plupart y laisseront leurs illusions.

- reconquérir ce pouvoir, reprendre le goût de la vie pour ses enfants, parler avec d’autres parents, échanger, créer des liens, informer puis se mobiliser. Des syndicats, des fédérations de parents, des enseignants, sont prêts à agir pour l’avenir de nos enfants. Mais sans démarche collective animée par la volonté individuelle de construire un avenir, il ne se passera rien.

Et vous, que voulez-vous faire de vos enfants ?

Jean Philippe Parmantier