ant_e« L’homme est la mesure de toutes choses, »  disait le grec Protagoras. En cela, on estime que la représentation qu’on a du monde est avant tout celle de l’homme. Les qualités sont celles qu’il s’attribue, comme l’intelligence, la raison, jugeant déraisonnable ce qui échappe à sa compréhension.  Les notions de bien et de mal, de bon et de mauvais, de beau et de laid, sont celles que dicte la communauté à laquelle il appartient. Il arrive parfois que des personnages, tels le Prétentieux de la République, s’érigent en dieu, dictant à chacun l’harmonie qu’il a décidée (cf : lettre aux éducateurs , de NS)

Mais quelle est la mesure réelle de l’homme et qu’elle est la place qu’il s’est arrogée.

Je prendrai un seul domaine, l’énergie, car il offre l’avantage d’être quantifiable. Cette énergie, c’est ce qui permet à l’homme d’assurer ces activités quotidiennes, aussi bien physiques qu’intellectuelles. Elle assure l’entretien de son corps, son fonctionnement interne, sans faillir.

L’évaluation de cette énergie quotidienne est connue de toutes et de tous, soucieux d’être en bonne santé.  Elle est d’environ 2700 kilo-calories, soit 11 300 kilo joules.

Rapportée à des éléments de vie quotidienne, cette énergie paraît dérisoire :

     - 1 lampe de 130 watts allumée en permanence

     - 100 litres d’eau chauffés de 20 à 47°

     - 2 heures de rayonnement solaire par m²

     - 0,3 litre d’essence

     - 0,75 kilo de bois

     - 660 grammes de sucre

     - 270 grammes de pétrole

Or, en 2002, 1 français consommait 4,47 tonnes équivalent pétrole. Cela représentait 45 fois plus que ses besoins naturels. Si on considère l’augmentation de la population, on ne peut que constater la place écrasante que l’humanité s’est attribuée. Malgré cela, des millions d’humains meurent de faim ou des conséquences de la pauvreté.

Lorsque j’étais petit, on nous distribuait des buvards à encre, sur lesquels des images étaient représentées. Sur l’une d’elle était écrit : santé – sobriété. Une partie de l’humanité se saoule de consommation, au détriment de ce qui la nourrit. Mais la mesure de l’homme, c’est avant tout la mesure de notre aspect biologique. L’oublier, c’est se perdre dans des fantasmes de puissance et d’immortalité. A force d’oublier que nous sommes enfants de la Terre, nous avons oublié d’y faire reposer nos pieds. Espérons que la raison nous reviendra et que nous ne finirons pas, tel Antée, fils de la Terre, étouffé dans les airs.

Jean Philippe