Des moutons, lassés de l’état de peur dans lequel ils vivaient, décidèrent de se choisir un chef pour les protéger. Ils organisèrent une grande élection, ouverte à toutes et à tous, afin de désigner celui ou celle qui les protégera contre les loups environnants.

Deux candidats se présentèrent.

 

Le premier, bélier de son état, fit valoir son expérience et sa connaissance des loups auxquels il avait maintes fois échappé. Il tînt aux moutons attentifs un langage combatif.

 

-         Amis moutons, chacun d’entre-nous se sent en danger car, lorsque le loup attaque, nous fuyons et abandonnons les plus faibles. Toutefois, j’ai connu des moments dans lesquels je fus pris au piège avec d’autres jeunes béliers,  face au loup.  Nous fûmes obligés de lui tenir tête,  et dans ces situations là, le loup, bien que plus fort que chacun d’entre nous, n’osa affronter les coups de cornes auxquels nous aurions pu le soumettre. Ainsi, je me propose d’être l’organisateur de notre défense, le ciment de notre action. Il vous suffira, lorsque je vous appellerai, de faire front commun avec moi face au loup. Peut-être, dans ces affrontements, plusieurs d’entre-nous seront blessés, mais je le promets, il n’emmènera nul mouton  dans sa tanière. 

 

Le second était un loup, fort expérimenté du comportement des moutons.

 

-         Moutons, vous me connaissez. Je comprends vos peurs et suis prêt à vous en débarrasser. Je connais les loups et ne les crains pas. Je peux, d’un coup de crocs en mâter plus d’un seul. Vous voulez vous en défendre, je le ferai pour vous. Nul combat pour les vôtres. Votre seul soin sera de paître la bonne herbe de votre montagne que je rendrai terre de tranquillité. De qui, faible bélier ou  loup affamé comme moi vos ennemis auront-ils le plus peur? Laissez-faire ceux dont chasser est le métier et paissez toujours plus pour vous mieux vous engraisser!

 

 

L’élection fut prompte et sans bavure. Chacun compta sur les multiples voisins pour se faire dévorer avant lui. Tous redoutèrent les morsures auxquelles l’élection du bélier les soumettrait. Le loup fut donc élu.

 

Le soir venu, la fête se fit chez les loups. Lesbabines se pourléchèrent du  bélier capturé . Et après le repas, la meute repue observa le troupeau qui s’était offert à son appétit.

 

Jean Philippe