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Le feuilleton de l’été  touche, pour son premier volume, à sa fin. Gageons que certains sauront nous écrire une suite. Le feuilleton de l’été ! C’est ainsi que nous l’a communiqué bon nombre de média, entrecoupé d’entractes permettant au spectateur, au critique, d’exprimer ses impressions sur le scénario, sur ses attentes, ses croyances, ses pronostiques sur le dénouement. Soyons clair : je parle de l’affaire juridique qui s’est développée entre madame Nafissatou Diallo et monsieur Dominique Strauss Kahn. Pourquoi tant de précisions dans la qualité civile des personnes ? C’est que je me sens très loin de l’une comme de l’autre.

 

Il n’est pas question ici de retracer l’affaire, d’émettre des hypothèses, de se substituer aux juges. Le procès que je ferai ici, car il s’agit bien d’un procès, sera celui des hommes et des femmes politiques. Une question subsistera : qu’est-ce que la justice ?

 

Les faits certains, avérés, et récents qui m’intéressent pour le procès que je souhaite instruire sont ceux-ci.

 

- Monsieur Strauss-Kahn a eu des relations sexuelles avec madame Nafissatou Diallo

- Des traces de rapports sexuels violents ont été décelés sur le corps de  madame Nafissatou Diallo

- Madame Nafissatou Diallo a menti à plusieurs reprises sur l’affaire en elle-même.

- Dans le cas présent, le système pénal (condamnation à une peine)  américain nécessite l’unanimité du tribunal issu de membres de la ville pour reconnaître la culpabilité

- Dans le cas présent, le système civil (condamnation à une réparation) américain nécessite la majorité du tribunal issu de membres du quartier pour reconnaître la culpabilité.

 

En matière pénal, le procureur Cyrus Vance estime que les mensonges de Madame Nafissatou Diallo ne permettront pas de convaincre la totalité des membres du tribunal de condamner Monsieur Dominique Strauss-Kahn. En tant que procureur, il n’a aucun intérêt à présenter au tribunal une personne pour laquelle l’accusation est entachée. Rappelons qu’un procureur aux Etats-Unis est élu.

 

On peut donc affirmer une chose : L’absence de procès ne permet pas de déterminer qui est victime, qui est coupable. Monsieur Dominique Strauss-Kahn est  exempt de procès au pénal par insuffisance de crédibilité de Madame Nafissatou Diallo

 

Le procès :

 

Il ne s’agit plus de procès pénal, mais de procès moral envers nombre de personnalités politiques. L’annonce du probable non-lieu a permis à de nombreuses personnalités politiques de s’exprimer. La plupart ont exprimé leur soulagement, la qualité de la justice américaine, l’espoir que Monsieur Dominique Strauss-Kahn s’implique dans l’élection présidentielle à venir.

 

Or, l’affaire en question a permis de projeter dans la sphère civile ce qui était jusqu’à présent du domaine du privé. La question du rapport de Monsieur Dominique Strauss-Kahn avec les femmes, qui était du domaine du privé, est devenue la question de la conception de la femme par cette même personne, ce qui est un concept politique. Comment  les dirigeants d’un parti politique comme le PS, qui annoncent régulièrement leur amour de l’égalité des droits et notamment la défense des femmes, peuvent-ils soutenir, sur le plan politique, un être pour lequel la femme est principalement un objet de consommation ?  Comment des personnes qui s’offrent à nous représenter au sommet de l’état peuvent-ils plébisciter ce qui représente la lie aux yeux d’une majorité de leurs contemporains.

 

Ainsi, il s’agit bien d’un procès envers toutes celles et tous ceux qui, sous les faux noms d’amitié ou de loyauté, continuent à faire l’apologie d’un être qui ne mérite ni admiration, ni félicité.

 

 

La justice en question.

 

Il a été souligné à plusieurs reprises les deux conceptions  de la justice sous-jacentes dans cette affaire.

 

En France : Un juge d’instruction « instruit » l’affaire, en explorant les différentes pistes permettant de retracer au mieux les événements, les motivations, les moyens. L’objectif est de comprendre pour mieux éclairer et ainsi, rendre une justice plus sûre. Le juge d’instruction français assure ainsi les missions du procureur et de l’avocat américain dans la préparation du dossier, à égalité. L’instruction du dossier est longue et ne peut être activée par le client.

 

Aux Etats-Unis : Le procureur construit un dossier contre l’accusé. Il doit s’assurer de la solidité de son dossier. C’est pourquoi il va tenter de se mettre à la place de l’avocat, pour se prémunir des enquêtes de ce dernier. Le procureur dispose des moyens que lui confère l’état. L’avocat utilise des moyens dont son cabinet, lui-même ou son client, disposent.  Si le client est peu fortuné, l’affaire sans grand intérêt, il y a de forte chance que le procès se résume au dossier monté par l’accusation. La constitution des dossiers est rapide, et une procédure d’audiences impose un rythme qui amène soit vers un non-lieu, soit vers un procès.

 

Chaque système dispose de points forts et de points faibles.

 

En France, les blocages judiciaires dont peut être victime le juge d’instruction permettent d’enterrer des affaires impliquant des personnes proches du pouvoir. Le juge instructeur peut être dessaisi  du dossier. L’instruction est longue. En revanche, l’état assure la recherche de la vérité, quelque soient les finances des accusés.

 

Aux Etats-Unis,  l’accusé qui dispose de moyens financiers importants est bien mieux défendu que celui qui n’a rien (le cas de Madame Nafissatou Diallo, est une exception, car la situation est symbolique pour son avocat noir/blanc,  puissant/pauvre.). Les procédures sont rapides.

 

Jean Philippe