Gauche Alternative Choletaise

Pour une gauche alternative, écologiste, antiraciste, féministe et solidaire à Cholet (49)

24 juillet 2009

Réformes de l'education nationale : vécu et action d'un résistant par lui-même

Déclaration d’Alain Refalo

« Ne nous résignons pas. Osons dessiner, dès aujourd’hui, un à-venir pour l’école aux couleurs de la générosité et de l’espérance. »

En prenant l’initiative de désobéir aux dispositifs pédagogiques imposés par Xavier Darcos et en décidant de le faire savoir dans ma lettre « En conscience, je refuse d’obéir » adressée à mon inspecteur le 6 novembre 2008, je savais que je m’exposais au risque de la sanction. Afficher ma désobéissance était la seule attitude cohérente : elle me permettait d’affirmer une résistance qui se voulait constructive et ouverte au dialogue tout en demeurant loyal et honnête vis-à-vis de ma hiérarchie. J’ai voulu prendre à témoin l’institution que nous n’avions pas d’autres choix pour éprouver la fermeté de nos convictions que de risquer de désobéir ouvertement afin d’être entendus. Car peu importe à vrai dire pour l’institution que nous appliquions ou pas les « réformes », comme certains inspecteurs ont osé nous le dire, l’important pour elle est de montrer à l’opinion publique que ces « réformes » s’appliquent sans vague. Le défi que nous avons lancé est à la hauteur de celui qui a été imposé par le pouvoir, c’est-à-dire la mise en place d’un processus de démantèlement du service public d’éducation. 

Cette action de désobéissance pédagogique qui s’est essentiellement cristallisée sur le dispositif de l’aide personnalisée a permis à des milliers d’enseignants du primaire d’en montrer toute la perversité et l’inefficacité tout en ayant une attitude responsable vis-à-vis des élèves en difficulté. Nous avons mis en lumière que ce dispositif en trompe-l’œil n’était pas destiné en réalité à aider les élèves qui en avaient le plus besoin, mais qu’il permettait au ministère de justifier la disparition de milliers de postes d’enseignants spécialisés du RASED, de supprimer deux heures de classe pour la majorité des élèves, de favoriser la semaine dite de 4 jours que tous les spécialistes considèrent comme néfaste pour le bien-être de l’enfant et de renoncer à déployer une formation pédagogique à la mesure des difficultés que tous les enseignants rencontrent aujourd’hui. Sur ce temps-là, nous avons mis en place des projets pédagogiques pour tous les élèves, sans discrimination, leur permettant ainsi de s’investir activement dans la classe et de remédier à leurs difficultés récurrentes. Refusant la stigmatisation des « mauvais élèves », nous avons choisi de les aider autrement et certainement de façon plus efficace.

Durant ces deux heures facultatives, avec l’accord explicite des parents qui m’ont soutenu depuis le départ dans ma démarche, j’ai organisé un atelier théâtre auquel ont participé tous les élèves. Parallèlement à cet atelier théâtre qui a permis aux élèves en difficulté de retrouver de la confiance en eux-mêmes, de reprendre goût à l’école, de s’investir davantage dans les apprentissages et d’acquérir des compétences liées notamment à la concentration, l’écoute, l’expression orale et la coopération, j’ai organisé sur le temps scolaire obligatoire des ateliers d’aide et de soutien spécifiquement pour les élèves en difficulté en utilisant toutes les potentialités et les ressources du groupe classe. Cela n’a pas été pris en compte ; l’institution s’est focalisée jusqu’à l’absurde sur la vérification de la mise en œuvre d’un dispositif particulier, sans prendre en compte la globalité de mon travail d’enseignant dans la classe.

Précisément parce que je n’ai pas appliqué les modalités du dispositif alors que j’en respectais largement la finalité, j’ai été sanctionné, depuis le mois de janvier, d’un retrait de salaire deux jours par semaine au motif fallacieux de « service non fait ». De surcroît, la promotion au grand choix à laquelle j’avais droit m’a été refusée au mois de février sous le prétexte étonnant que celle-ci aurait été considérée comme un encouragement à la désobéissance. Aujourd’hui, l’inspecteur d’académie de la Haute-Garonne en accord avec le ministre a décidé d’appliquer le principe, original, de la triple peine en me sanctionnant à nouveau sur le plan professionnel et financier. L’abaissement d’un échelon, cumulé au refus de promotion, conduit à une amputation de salaire de 7 000 euros sur quatre ans. Qui peut croire que la désobéissance limitée au dispositif de l’aide personnalisée justifie à elle seule cette sanction qui confine à l’acharnement ? Les motifs invoqués de manquement au devoir de réserve et d’incitation à la désobéissance collective, une première dans l’Education Nationale et dont on cherche en vain sur quels textes réglementaires ils s’appuient, témoignent d’une volonté de bâillonner les enseignants. Cette dérive dangereuse ne doit pas manquer d’interroger tous les démocrates sincèrement attachés aux libertés publiques.

La commission disciplinaire du 9 juillet a été organisée en dehors de toute règle élémentaire de droit. En ce sens, elle constitue une parodie de justice. Non seulement les membres de cette commission étaient juges et partie, mais les votes étaient acquis d’avance dès lors que les représentants de l’administration sont obligés à un vote de fonction et non un vote de conscience. Les défenseurs, les témoins, l’accusé ont été poliment et longuement écoutés, mais nullement entendus. Les représentants de l’administration sont restés muets. Seul l’inspecteur d’académie s’est exprimé, empêchant ainsi un débat contradictoire, approfondi, diversifié et soucieux de la recherche de la vérité. Cette commission fut à l’image du grand mépris que le ministère a affiché durant toute cette année à notre encontre, mépris doublé d’une volonté de minimiser ce mouvement tout en le caricaturant. La contradiction entre ses propos clamés dans les médias et le procès politique en sorcellerie décidé à l’encontre de l’un des porte-parole de ce mouvement n’a échappé à personne. En vérité, ce mouvement dérange, inquiète car il vise à neutraliser les prétendues « réformes » dont se targuent nos gouvernants auprès de l’opinion publique.

La vraie question est la suivante : Qui porte tort au service public d’éducation ? Les enseignants du primaire en résistance qui osent prendre la parole et dénoncer les graves dérives d’une politique qui n’a comme seul horizon que les restrictions budgétaires, le désengagement de l’Etat et à terme la privation de l’Education Nationale ? Ou bien nos gouvernants qui ne tolèrent plus l’idée même d’une contestation provenant des petits fonctionnaires que nous sommes. Ce qui est en définitive insupportable, au-delà du respect du devoir de réserve auquel nous ne sommes pas directement astreints, mais qui est opportunément brandi à la face des professeurs des écoles aujourd’hui, c’est que des instits de base, eux qui n’ont pas le « prestige » des enseignants du secondaire ou des universitaires, aient eu l’outrecuidance de se révolter, de le faire savoir et de lancer un défi à l’autorité qui se croyait à l’abri d’une insoumission contagieuse.

Cette décision politique à l’encontre de l’initiateur du mouvement de résistance pédagogique vise assurément l’ensemble des enseignants du primaire en résistance. Le nouveau ministre espère ainsi écraser toute velléité de contestation à la rentrée. Il se trompe gravement. Il avait l’opportunité, lui qui s’est présenté comme un homme de dialogue et d’ouverture, de dénouer les fils de ce conflit qu’il a découvert en arrivant rue de Grenelle. Il vient de les resserrer. Et nous avions prévenu : « Plus ils nous sanctionneront, plus nous désobéirons ». Aujourd’hui, comme hier, le pouvoir ne nous laisse d’autre alternative que d’amplifier la résistance aux « réformes » qui déconstruisent le service public d’éducation. En refusant le dialogue que nous n’avons cessé d’appeler de nos vœux, le pouvoir s’enferme dans une attitude répressive qui ne peut que susciter des tensions regrettables pour l’avenir.

Jusqu’à ce jour, les sanctions, aussi disproportionnées soit-elles, ne nous ont pas fait reculer. Elles ont au contraire suscité un élan de sympathie dans l’opinion publique que le pouvoir aurait tort de mésestimer. De nombreux enseignants du primaire qui n’ont jamais accepté ces réformes destructrices sans pour autant les contester trop ouvertement se sont montrés solidaires, y compris financièrement, et nous ont encouragés à ne pas céder. Nous avons également le soutien massif des parents de nos élèves et cela est décisif. C’est pourquoi, à titre personnel, je ne regrette rien et surtout je ne me sens « coupable » de rien. Mettre ses actes en cohérence avec ses pensées est certainement ce qu’il est donné de vivre de meilleur, surtout dans notre noble métier. C’est une action juste, motivée en conscience, au service de l’intérêt général et non pas de notre « confort » corporatiste. Collectivement, nous pouvons être fiers d’avoir impulsé un mouvement qui porte l’exigence d’une révolte éthique et professionnelle conjuguée à un esprit de responsabilité et d’honnêteté que personne, aucun pouvoir, ne pourra briser.

Et pendant tout ce temps consacré à pourchasser les enseignants en résistance, à vouloir faire appliquer des « réformes » injustes, néfastes et parfois inapplicables, on élude les vrais questions et les vrais problèmes qui se posent aux enseignants du primaire dans leur travail quotidien : la démotivation des élèves à l’égard de la chose scolaire, l’agitation et/ou l’apathie de beaucoup d’entre eux, leur difficulté à se concentrer et à écouter sur des périodes longues, le recul flagrant de la culture de l’écrit, l’hétérogénéité de nos classes avec des écarts de plus en plus importants entre les élèves, l’addiction des enfants aux jeux électroniques et à la télévision, la montée des marques d’irrespect à l’égard des enseignants, l’absence de régulation des conflits entre les élèves qui crée des climats de tension dans nos écoles. Nous avons besoin d’une révolution éducative qui prenne à bras le corps l’ensemble de ces problèmes et bien d’autres. C’est pourquoi, plus que jamais, des Etats Généraux de l’Education sont inévitables dans les prochains mois pour préparer une nouvelle ère qui définira l’éducation comme une grande priorité nationale.

Alors, à l’heure où la répression s’abat sur les enseignants en résistance qui refuse d’assister passivement à la déconstruction de l’école publique,

J’appelle, avec tous les enseignants du primaire en résistance, à une insurrection des consciences de la société civile pour sauver l’école de la République aujourd’hui menacée.

J’appelle les enseignants à se ressaisir en refusant cette attitude de soumission permanente et aveugle qu’une hiérarchie abusant de son autorité veut nous imposer au mépris de toute confiance et de tout respect envers les professeurs des écoles confrontés à des difficultés inégalées au quotidien.

J’appelle les syndicats d’enseignants à jouer pleinement leur rôle en organisant dès la rentrée un mouvement de résistance puissant à ces réformes scélérates qui aggravent une situation d’enseignement délicate et tout particulièrement à ces dispositifs pédagogiques qui trahissent l’esprit de notre mission qui est la réussite de tous les élèves.

J’appelle les parents d’élèves, les citoyens et les élus à se mobiliser pour défendre le service public d’éducation que le pouvoir veut démanteler alors que nous avons plus que jamais besoin d’un système éducatif cohérent, outillé pour affronter les défis de l’échec scolaire et de la violence juvénile.

A tous mes collègues déjà entrés en résistance et à tous ceux qui le seront inévitablement bientôt, je leur dis : ne nous résignons pas, car se résigner c’est déjà abdiquer de sa liberté, de sa raison et de sa dignité. Ayons confiance en nous-mêmes. Vous le savez, le verbe résister est un verbe qui se conjugue au présent... Alors osons dessiner, dès aujourd’hui, un a-venir pour l’école aux couleurs de la générosité et de l’espérance.

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16 mars 2009

Universités - la ronde des obstinés

ULTIMATUM DU 16 MARS 2009

Nous enseignants-chercheurs, étudiants et personnels Biatoss en grève depuis le 2 février 2009 lançons solennellement l’ultimatum suivant aux ministres Valérie Pécresse et Xavier Darcos :
Nous exigeons, ainsi que le demande depuis 5 semaines la Coordination Nationale des Universités, le retrait de la loi LRU et du pacte de recherche, comme des mesures qui en découlent :
* le retrait du projet de décret concernant les Enseignants-Chercheurs y compris dans sa dernière version
* le retrait du projet de réforme de la formation et du recrutement des enseignants des écoles, collèges et lycées,
* le retrait des suppressions de postes statutaires à l’université et ce dès 2009, ainsi que le retrait de la réforme d’allocation des moyens financiers fondés sur une prétendue performance,
* l’arrêt du démantèlement des organismes de recherche

Ces retraits sont pour nous un préalable pour pouvoir engager une véritable discussion et confrontation, dans une démarche d’Etats généraux des universités à mener en toute indépendance et qui prennent en compte l’ensemble des revendications portées par la mobilisation actuelle.

Si dans une semaine, soit le LUNDI 23 MARS, à midi, le gouvernement n’a pas pris en compte ces revendications, nous marcherons en Place de Grève jour et nuit. Nous tournerons jour et nuit pour manifester notre obstination. Nous marcherons sans fin car nous n’avons aucune intention de céder.

En Place de Grève, nous appellerons à LA RONDE INFINIE DES OBSTINÉS tous les personnels de l’éducation nationale, étudiants, lycéens, les parents d’élèves et tous les citoyens solidaires à nous rejoindre à toute heure du jour et de la nuit.

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20 février 2009

Appel à candidature : enseignants à mâter.

recherche_directeur_fouettard_les_moines_ae34fEn clair, l'Ecole des Moines, de Saint Quentin Fallavier, dispose d'un personnel enseignant qui fait de la résistance aux déformes de Darcos. Donc, il faut d'urgence mâter ce petit groupe de résistants et leur rappeler qu'il faut obéïr aux ordres.

Allons, en septembre, on peut être sûr que cette école bénéficiera de la nouvelle déforme de l'Education Nationale, qui consiste à mettre à la tête de chaque école un chef tout puissant désigné par l'Etat.

Car les nouveaux établissements scolaires de l'école primaire seront interdits, au niveau de la direction du Conseil d'Administration, .... aux enseignants.

Les parents en seront dégoûtés. (ils ont autre chose à faire que gérer une école), les municipalités se garderont bien d'intervenir dans un domaine qui risque de leur mettre des électeurs à dos. Donc, il ne restera que le représentant directeur nommé par l'Etat.

Ce qui est le plus intéressant, dans cet appel à candidature , c'est la petite phrase à la fin :

"de préférence, remplir les conditions pour être nommé régulièrement dans la fonction."

Cela sous entend que l'administration est prête, pour mâter les importuns, à nommer irrégulièrement un directeur.

Et , malgré toutes les dérives constatées depuis 18 mois, certains me reprochent encore de parler de "mise en place de dictature".

Nous n'en sommes qu'au début, car il y a plus de 100 ans de progrès social à casser par le gouvernement. Et en 100 ans, nos ancêtres avaient pas mal travaillé. C'est aujourd'hui et encore plus demain que nous en apprécierons à retard , les bienfaits.

Jean Philippe

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09 février 2009

Saint Macaire - Forum de l'Education

Les enseignants de l'Ecole Victor Hugo, de Saint Macaire en Mauges, ont choisi la voie de l'information pour sensibiliser les parents d'élèves aux déformes de l'Education nationale.

Article paru le 4 février 2009 dans la rubrique locale du Courrier de l'Ouest.

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08 février 2009

Désobéir à Darcos : pourquoi je refuse d'évaluer mes élèves

Par pdevesa | directeur d'école | 08/02/2009 | 11H43 - lire sur le blog rue89

Si j'ai refusé de mettre en place le dispositif d'évaluation des CM2 et l'ai fait savoir publiquement, c'est poussé par une indignation face à ce dispositif précipité, qui a pour but de "mieux mesurer" mais qui n'est pas pertinent à cette période de l'année puisqu'il interroge les élèves sur des notions non encore étudiées, qu'il privilégie la prise en compte des erreurs plutôt que des réussites (une réussite majoritaire étant codée comme un échec) et crée donc artificiellement de l'échec là où il ne se trouve pas.

Plus grave encore à mes yeux: le dispositif assume le parti pris de renvoyer à l'élève une image négative de lui-même, l'image d'un élève qui éprouve des difficultés qu'il ignorait pour la bonne raison qu'elles viennent d'être créées par l'évaluation, et qu'il devra à son tour assumer devant ses parents.

Cette évaluation sera l'instrument d'une fragilisation de l'école 

Là-dessus le ministre Xavier Darcos a ajouté que cette évaluation était le "bilan de huit années d'école primaire": si ça devait être le cas, pourquoi ne trouve-t-on aucune évaluation des acquis précédents? Et comme il faut envisager la possibilité que le ministère souhaite se débarrasser d'une partie de l'Education nationale (rappelez-vous, les enseignantes de maternelle payées si cher pour surveiller des siestes et changer des couches), il est probable que cette évaluation, dont les résultats assez faibles seront imputés à des responsables tout trouvés, soit l'instrument d'une fragilisation et d'une dépréciation de l'école, et certainement pas un outil pédagogique. Je ne souhaitais donc pas collaborer à cette entreprise.

Cette évaluation pourrait tout à fait être utilisée pour conclure que les politiques de "créations de postes" n'aboutissent à rien, et ce qui sera présenté comme une conclusion est en réalité une hypothèse de travail: à l'Education nationale, il faut réduire le nombre de postes! On peut noter que ça a déjà commencé: il y a 6000 postes en moins cette année, dans les classes, dans les RASED et dans les associations complémentaires de l'école.

Dans mon école, après un jour de passation d'épreuves, le conseil des maîtres a décidé de stopper le processus. Mon action personnelle s'appuie donc sur la position collective du conseil des maîtres, et plus largement elle dit tout haut ce qui se dit dans bien des écoles. Les enseignants ont le respect de l'autorité chevillée au corps, ils en ont besoin dans leur classe, ce qui explique la difficulté à désobéir ouvertement.

Quant aux parents d'élèves, ils ont montré de l'inquiétude devant l'arrêt de l'évaluation, certains croyant qu'elle conditionnait le passage en sixième. Après les avoir rencontrés et avoir parcouru avec eux les cahiers, leur réaction a été de signer des lettres de soutien au conseil des maîtres…

La gravité de mon acte m'a été rappelée, vu les obligations du fonctionnaire 

Ayant affiché publiquement ma désobéissance, l'inspecteur d'académie m'a invité à le rencontrer deux jours après la diffusion de ma lettre. La gravité de mon acte m'a été rappelée, au regard des obligations du fonctionnaire, mais la pertinence des évaluations n'a pas été remise en cause. Deux conceptions se sont opposées: celle qui pose que le droit de désobéir est imprescriptible et celle qui affirme que rien, dans la situation actuelle, ne justifie la désobéissance.

Je ne pense pas que la démocratie soit mise en danger par un acte de désobéissance comme le mien, cet acte permet au contraire de structurer les contre-pouvoirs citoyens qui sont un des privilèges de la démocratie. Je ne fais pas de la désobéissance une fin en soi, elle est ici le résultat d'un évènement ponctuel, le télescopage entre les circonstances et ma conscience personnelle et professionnelle. J'ai souhaité, pour qu'elle soit porteuse de sens, en faire une action publique et constructive sur le long terme. Aujourd'hui, je ne me suis pas vu infliger de sanction, sanction que j'assumerai si elle devait se présenter sans pour autant l'accepter sans coup férir.

Membre d'un syndicat, le SNUipp, je connais la force des luttes collectives. Pourquoi avoir agi différemment cette fois? Ma réaction a été comme l'action ministérielle, précipitée et c'est ce qui lui a permis d'être en prise avec l'actualité. Néanmoins les arguments que je développe sont partagés par un très grand nombre d'enseignants et mon syndicat se dirige vers une action collective qui permettra à chacun d'exprimer tout ce qui peut nous conduire aujourd'hui vers la contestation et la désobéissance.

L'apparition d'individus qui contestent en dehors des syndicats (regardez les désobéisseurs, ils sont plus de 2000 à s'être déclarés au grand jour) est simplement le symptôme créé par des mesures qui heurtent profondément les individus dans leurs convictions profondes, et qui ne peuvent pas rester sans rien dire, sans rien faire.

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10 décembre 2008

Comment mâter les enseignants.

Rappel des faits : Bastien Cazals, directeur d'école (et bien d'autres) fait front aux absurdités de Xavier Darcos, le Siniste de la Déséducation Nationale.

L’Inspectrice de la circonscription de Gignac, qui s’est à nouveau déplacée à l’école Louise Michel de Saint-Jean-de-Védas, ce matin même à 9 heures, a remis en main propre une lettre à Bastien Cazals dans laquelle l'Inspecteur d'Académie de l'Hérault l’informe : "depuis le 1er décembre vous n’avez pas mis en œuvre l’aide personnalisée dans votre école, soit 5 jours d’accomplissement partiel de vos obligations de service. […] j’ai le regret de vous faire savoir que je vais faire procéder […] au retrait de 5/30ème de votre traitement pour manquement aux obligations de service ».

Traduction : 5 jours de retrait de salaire pour 2h de service non effectué dans les règles... Sur les 8 premiers jours de Décembre !

Pour l'instant, ses 2 collègues - qui ont également suspendu la mise en oeuvre de l'aide personnalisée - n'ont pas été informées de telles mesures administratives les concernant.

Pour rester informé sur le sujet : cilquez ici

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03 décembre 2008

Objectif Darcos : couler l'école

Nouveau coup dur.

L'école de votre enfant a des partenaires: les Francas, la PEP, la ligue de l'Enseignement, l'OCCE (la coopérative scolaire qui finance parfois certaines sorties), ...

Ces partenaires aident à l'organisation de séjours, délèguent des intervenants, engagent des actions solidaires auxquelles de nombreux élèves participent (écoles fleuries, pratiques artistiques, sportives, ...)

Au mois d'octobre, il y a longtemps que les projets de l'année ont été définis et financièrement engagés.

C'est le 6 octobre que le sinistre Darcos a décidé d'amputer de 25 % le budget voté en 2007 à ces associations. Il s'agit donc d'une mesure avec effet rétroactif. Sans ces subventions promises, ces associations sont menacées de ne plus pouvoir pourquivre l'action éducative auprès de vos enfants.

Jamais le gouvernement en place n'a eu le soucis de l'avenir de vos enfants.

Chaque mesure prise vise  à détruire cet outil qui a permis à vos grands parents, vos parents et à vous même d' envisager un avenir.

Un enfant inculte, sans réflexion, est un mouton pour demain.

L'école, animée par des personnes qui ont encore le soucis de l'être humain et de la liberté individuelle, est l'un des rares remparts qui s'élève encore face à la dictature rampante.

Ne les laisser pas détruire l'école.

http://www.pourleducation.org/index.php?option=com_content&task=view&id=16&Itemid=33

Jean Philippe

Bastien Cazals, directeur d'Ecole, reçu à l'inspection

SoutienBastienCazals.jpg"J'ai été reçu ce mercredi 3/12 à 8h30 par Mme Liza, adjointe à l'Inspecteur d'Académie de l'Hérault et M. Destouches, secrétaire général.

Au cours d'un entretien courtois, il m'a été demandé de préciser les déclarations d'engagements professionnels contenues dans ma lettre au Président de la République - dont je leur avais adressé une copie - et rappelé que tout fonctionnaire a un devoir d'obéissance. J'ai expliqué que ma volonté était d'alerter M. Sarkozy et l'opinion publique sur l'importance des transformations actuelles de l'école qui sont menées dans la précipitation, sans réelle concertation et sans l'adhésion des enseignants.

Le porte-parole de la délégation intersyndicale, reçue dans un second temps, a précisé que cette démarche individuelle n'était pas isolée mais s'inscrivait dans le contexte actuel de protestation massive contre les réformes de M. Darcos et annoncé qu'elle serait suivie par de nombreuses actions similaires.

L'écho important de la lettre (mise en ligne sur plus de 20 sites différents, plus de 400 soutiens sur le réseau social Facebook et plus de 10.000 visites sur le blog source, en une seule semaine) et la présence, ce matin devant l'Inspection Académique, de nombreux enseignants, actifs ou retraités, mais surtout de parents d'élèves et de simples citoyens (environ 120 personnes) constituent des messages forts attestant que l'inquiétude sur l'évolution actuelle de l'école est largement partagée.

Par ailleurs, le chef de cabinet du Président de la République m'a assuré qu'il avait "été pris connaissance, avec intérêt, de [mes] réflexions et de [mes] attentes en matière d'éducation" (dans sa réponse datée du 28 novembre).

Je souhaite maintenant que cette prise de conscience se poursuive mais aussi que des corrections aux réformes en cours soient apportées rapidement et que la construction de l'école de l'avenir se fasse avec l'implication de tous, dans l'espoir que ma fille, mais aussi Victor, Hugo et tous les autres, puissent y avoir leur place."

Bastien Cazals, le 03/12/08

voir le blog Une Ecole pour Victor et Hugo   http://uneecolepourvictorethugo.hautetfort.com/

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30 novembre 2008

Lettre d'un Directeur d'Ecole en Résistance

Cazals Bastien Montpellier, le 25 novembre 2008,

35, route de Lodève

34080 Montpellier

à Monsieur le Président de la République

Palais de l'Elysée                                 

55, rue du faubourg Saint-Honoré      

75008 Paris                                       

Monsieur le Président de la République,

Si je prends la liberté de vous écrire cette lettre, c'est qu'aujourd'hui, en tant qu'enseignant et directeur d'école comme en tant que citoyen, je suis en colère, proche de la révolte. Je ne peux plus me taire. Je me dois de réagir.

Permettez-moi, tout d'abord, d'insister sur l'expression de mon profond attachement et de mon immense respect pour cette République française dans laquelle j'ai eu la chance de venir au monde. Je suis attaché à ce pays car je considère qu'à certaines périodes de sa longue histoire, il s'y est dit, écrit et fait de si belles choses. Outre l'immense patrimoine culturel qu'elle a constitué, la France – tout particulièrement de sa révolution de 1789 au programme du Conseil National de la Résistance, en passant par la République et sa loi de 1905 sur la laïcité – a su porter si haut et avancer si loin les valeurs universelles consacrées dans la Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen qu'elle a fini par faire le choix ambitieux d'une république laïque et démocratique où tous les citoyens vivent ensemble, en bénéficiant de la liberté, de l'égalité et de la solidarité ! Tellement admirable que j'ai choisi de servir cette République, ma République. J'en serais presque fier... sauf que je ne suis pour rien dans tout cela, j'en hérite. Et un tel héritage se partage ou se défend !

C'est ainsi que j'arrive à l'objet de ma lettre. En ce début de XXIème siècle, que reste-t-il de l'état républicain à la fois puissant et protecteur, comme de ses grandes missions d'intérêt public ? Plus grand chose : les idéologies en vogue étouffent la flamme républicaine tandis que les réformes en cours dépècent les derniers lambeaux des services publics. D'autres pourraient citer la justice, la santé ou la solidarité, je vous parlerai de ce que je connais, de ce que j'ai choisi : l'école primaire publique.

Monsieur le Président, autant vous le dire de suite, avec les transformations qui s'opèrent actuellement, l'État ne pourra plus garantir à chaque citoyen les mêmes droits en terme d'éducation. Et il s'agit, là, du déni d'un droit fondamental, surtout dans une république qui se prétend historiquement éclairée par le savoir et la pensée, la finesse et le bon goût. Cette ''modernisation'' de l'Éducation Nationale, qui se construit pas à pas depuis des années, avance sur plusieurs plans à la fois mais dans une grande cohérence. Sachant que votre temps est précieux, j'ai donc choisi de n'en aborder qu'un aspect, le plus saisissant.

Ayant déclaré la guerre contre l'échec scolaire, votre ministre en charge du dossier a entrepris de moderniser l'école prétendument dans l'intérêt des élèves mais avec quand même, dans un coin de la tête, les impératifs budgétaires liés à la mise en oeuvre de la Révision Générale des Politiques Publiques (RGPP), au respect du pacte européen de stabilité et autres contingences financières. Ainsi, à cette rentrée 2008 et sans concertations préalables aux prises de décisions, M. Darcos a ainsi décidé :

     - de mettre en place des nouveaux programmes qui conviennent parfaitement aux élèves comme ma fille, qui est structurée, attentive et appliquée, mais ne laisseront que peu de chances à son copain Victor de surmonter ses difficultés d'apprentissage ;

     - de diminuer le nombre d'heures de classe pour les élèves comme ma fille qui travaille bien et

comprend vite mais pas pour Victor qui est soutenu 2h par semaine dans ses difficultés d'apprentissage ;

     - et de renforcer le dispositif de stages de remise à niveau en CM1/CM2 pour que Victor entretienne ses difficultés d'apprentissage pendant les vacances de ma fille... Mais ce n'est pas tout – et Victor est finalement un peu chanceux, car la rénovation du primaire est en cours et, pour la rentrée 2009, sans plus de concertation, M. Darcos nous annonce qu'il va :

     - supprimer progressivement les enseignants membres du Réseau d'Aides Spécialisées au Enfants en Difficulté (RASED) qui aident Victor pendant le temps scolaire et sans lui refaire la classe ;

     - mettre toujours plus d'élèves par classe – puisque toujours moins d'enseignants – ce qui ne plaira pas trop à ma fille qui aime avoir l'attention de la maîtresse mais beaucoup à Victor qui préfère se faire oublier ;

     - et remplacer la prise en charge à l'école publique des 2/3 ans par leur accueil dans des structures locales payantes, ce qui n'affectera pas la scolarité de Victor mais de son petit frère Hugo qui restera encore un an à la maison avec sa maman car « sa veau pas l'coup de bosser au smig si faut payer le jardin des veilles » ! Hugo n'aura donc pas la chance de son frère de bénéficier des apports langagiers et de la stimulation cognitive d'une première socialisation à l'école maternelle.

Croyez-vous sincèrement, Monsieur le Président, que votre ministre pourra, par de telles réformes, atteindre l'objectif qu'il s'est fixé de diminuer par trois le nombre d'élèves en difficulté ? Et pouvez-vous m'affirmer que l'école primaire de demain continuera d'assurer à tous les élèves des chances égales d'émancipation sociale ?

Actuellement, nous assistons à la mise en oeuvre, à marche forcée, des dernières grandes étapes de la transformation du système éducatif français. J'en veux pour preuve l'autoritarisme croissant exercé par la hiérarchie, le souci de rendre improductif l'exercice du droit syndical au travers du Service Minimum d'Accueil (SMA), ou celui de faire surveiller l'opinion et l'activisme des enseignants ! Aussi, comme bon nombre d'entre eux, j'entre aujourd'hui en résistance parce que je ne peux me résoudre à ce que l'école publique, mon école, ne se préoccupe ni de Victor, ni de Hugo, sans être pour autant en mesure de faire éclore un nouveau Victor Hugo. La société a le droit de demander compte à tout agent public de son administration (article 15 de la DDHC de 1789) c'est pourquoi d'un fonctionnaire dévoué je me vois contraint de devenir un fonctionnaire désobéissant ! En conséquence, en tant qu'enseignant tout d'abord, je prends les décisions suivantes :

     - Je n'appliquerai pas les nouveaux programmes mais continuerai à travailler dans l'esprit des

programmes de 2002 (qui n'ont d'ailleurs fait l'objet d'aucune évaluation).

     - Je n'effectuerai pas l'aide personnalisée auprès des élèves (qui est destinée à remplacer l'aide spécialisée du Rased) mais mettrai à profit ces 60 heures annuelles pour rencontrer les parents deux fois dans l'année (en milieu et fin d'année), organiser les projets pédagogiques collectifs et également pour faire vivre la bibliothèque de mon école (qui est actuellement sous-utilisée faute de personnel mis à disposition).

     - Je ne déclarerai pas à l'administration mon intention de faire grève, 48h à l'avance, mais j'informerai, comme par le passé, les parents d'élèves au moins deux jours avant.

     - Je ne me porterai jamais volontaire pour les stages de remise à niveau ni ne transmettrai de liste d'élèves. Ensuite, en tant que directeur, je prends les décisions suivantes :

     - Je ne participerai plus au fichage centralisé des écoliers via Base Elèves.

     - Je ne traiterai plus que les demandes administratives qui concerneront directement les élèves, mes collègues ou le fonctionnement de mon école.

Enfin, en tant que simple citoyen en dehors de tout parti politique, je n'empêcherai pas la diffusion de ces prises de position professionnelles mais au contraire, tenterai de participer à l'émergence d'une résistance citoyenne et non-violente, porteuse d'un projet de société généreux et ambitieux – depuis la crise financière, nous savons tous qu'il est possible de trouver beaucoup d'argent lorsque c'est nécessaire – car notre République est en train de tourner le dos à ses dernières missions d'intérêt public...

Conscient que vous ne mesuriez probablement ni l'ampleur du désastre qui menace l'école, ni celle de la colère qui submerge le monde enseignant, je sais que vous entendrez mon appel et ne décevrez pas l'espoir que je mets dans la grandeur de votre fonction.

Je vous prie de recevoir, Monsieur le Président de la République, l'expression de mon attachement respectueux à la dignité de l'État républicain laïc et de croire en ma détermination à continuer d'œuvrer pour tous les élèves qu'ils soient ma fille ou Victor.

CAZALS Bastien

Copie à l'Inspection de l'Éducation Nationale de la circonscription de Gignac.

Diffusion auprès des relais d'opinion

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26 novembre 2008

Déformes darcos - Lettre d'un directeur d'école

Je ne supporte plus l'hypocrisie des discours officiels qui se gargarisent de grandes phrases sur l'intérêt des élèves, sur l'égalité des chances, …, alors que les seuls critères sont comptables avec un arrière fond idéologique pour le moins inquiétant.

· Qui peut croire que l'intérêt des enfants a compté dans la suppression du samedi matin ?

· Qui peut croire que les deux heures de travail personnalisé pourront compenser le travail des maîtres spécialisés des RASED qu'on est en train de supprimer ?

Je ne supporte plus la malhonnêteté des effets d'annonce alors que j'assiste, chaque jour un peu plus à une entreprise systématique et planifiée de démantèlement de l'école publique.

Je ne supporte plus le harcèlement administratif des courriels qui arrivent par vagues. Lorsqu'ils ne sont pas accompagnés de pièces jointes (jusqu'à 20 dans un seul envoi !) ou de documents à aller chercher soi-même sur le site de l'académie, il s'agit en général d'injonctions (« merci de me transmettre – toujours dans l'urgence – telle information ») ou de rappels à l'ordre (« Sauf erreur ou omission je n'ai pas été destinataire de tel document »). Et je suis déchargé totalement ! J'imagine ce que doivent ressentir la grande majorité des directeurs, ceux qui n'ont qu'une journée ou pas de décharge du tout, lorsqu'ils ouvrent leur boite aux lettres électronique.

Je ne supporte plus le « flicage institutionnel », les multiples tableaux à compléter pour vérifier que nous faisons correctement notre travail, que nous ne tirons pas au flanc pour l'aide personnalisée, que nous participons bien à toutes les animations pédagogiques. J'ai eu la chance de vivre des stages de formation continue (pas beaucoup, il est vrai – mais quand même !) passionnants, stimulants, qui interrogeaient la réflexion et les pratiques, dont je suis sorti avec le sentiment d'avoir progressé. Que nous propose-t-on aujourd'hui ? Des grand-messes où l'on paraphrase du « PowerPoint » durant des heures, du formatage au nouveau discours officiel, de l'endoctrinement ! Pas étonnant dans ces conditions que les seules animations pédagogiques qui fassent le plein soient les animations sportives. Pas étonnant dans ces conditions que les IEN doivent demander aux directeurs de « susciter des candidatures ». Pas étonnant qu'il faille « fliquer » pour que les gens viennent !

Je ne supporte plus cette forme d'infantilisation et ce manque de confiance qui consistent à nous faire rédiger des projets (projet d'école, projet d'organisation de l'accompagnement éducatif, …) à corriger (pardon « à valider ») par les IEN.

Au mieux, ils nous reviennent « validés » avec une remarque du style « Le projet, dans sa formalisation et dans son contenu, est conforme aux attentes ». Bon élève !

Au pire, on nous demande de revoir notre copie.

Ou l'administration fait confiance à notre professionnalisme et je ne vois pas alors la nécessité de valider a priori notre travail ou alors nos supérieurs estiment que nous ne sommes pas capables de construire nous-mêmes nos projets, mais dans ce cas, qu'ils soient cohérents et qu'ils les rédigent eux-mêmes !

Par ailleurs, quelle illusion de contrôle et de toute puissance dans ce formalisme !!

Je ne supporte plus la répression rampante, les atteintes au droit de grève, la restriction du droit à l'information syndicale, ….

Je me refuse à terminer ma carrière dans la dépression, en plaignant les étudiants que je croise à l'école ou mes jeunes collègues qui ont encore quelques dizaines d'années à passer dans cette galère.

Le découragement conduit à la résignation et à l'inaction, la colère conduit à l'action et à la résistance.

Je choisis donc la colère et l'action !

Comment résister ?

Un principe d'abord : la principale priorité, la seule, ce sont nos élèves !

Tout le reste est secondaire sinon accessoire !

Faisons comme nos IEN, examinons toutes leurs exigences à la lumière d'une grille d'analyse toute simple :

· Est-ce que cette demande va aider mes élèves ?

· Est-ce que cette demande me permettra de mieux faire fonctionner l'école ?

· Est-ce que cette demande va servir à mes collègues dans leur travail quotidien au bénéfice des élèves ?

Si la réponse à ces questions est non, alors la demande n'est pas urgente, quels que puissent être les éventuels délais de réponse. Et si d'aventure, il n'y avait pas de réponse, il est au moins certain que cela ne portera préjudice ni aux élèves, ni aux collègues.

Comment résister ?

· Soyons positifs, affirmons-nous, ne restons pas isolés et ne nous laissons pas culpabiliser !

Après tout, l'école, c'est nous qui la faisons vivre au quotidien, et elle ne fonctionne pas si mal finalement, quoi qu'on essaie de nous faire croire. Même les enquêtes PISA et PIRLS, utilisées comme prétexte pour tout changer ne sont pas aussi catastrophiques que certains le prétendent, - les ont-ils lues ?

En tout cas, malheureusement, il est déjà certain, (ce n'est pas moi qui le dit mais la plupart des chercheurs en pédagogie) que ce ne sont pas les nouvelles orientations qui feront remonter le niveau de nos élèves.

Comment résister ?

· Ne nous laissons pas intimider

Retournons les agressions de l'administration contre elle :

· Il faut se déclarer gréviste 48 heures à l'avance !

Soit ! Alors déclarons-nous systématiquement grévistes. Cela ne nous engage à rien mais annule l'intérêt de la déclaration préalable et oblige les communes à se positionner sur le service minimum.

· Les réunions d'information syndicale doivent être prises sur le temps de travail hors présence élève (les fameux 48 heures) !

Qu'à cela ne tienne ; inscrivons nous massivement aux réunions d'information syndicale au lieu de participer aux animations pédagogiques. Elles seront certainement plus intéressantes et probablement aussi formatrices !

Comment résister ?

· Engageons-nous dans les mouvements pédagogiques.

Ils sont en train d'être étouffés par une réduction dramatique des subventions publiques et la suppression des postes de mis à disposition ou de détachés. Pourtant ce sont des lieux extraordinaires de rencontres, de réflexion et de formation.

L'ICEM (Pédagogie Freinet), l'OCCE, la Ligue de l'enseignement, les PEP, la JPA, les CEMEA et d'autres que j'oublie, ceux qu'on appelait il n'y a pas si longtemps, les œuvres complémentaires de l'école sont peut être les derniers remparts de cette Ecole qui prend l'enfant dans sa globalité pour le faire avancer, pour en faire un citoyen, face au dogmatisme et au formatage de ce qu'on cherche à nous imposer. Les trois quarts de ce qui fait ma compétence professionnelle aujourd'hui, c'est à leur contact que je les ai acquis et non dans l'Institution.

Comment résister ?

· Syndiquons-nous

J'entends trop souvent des collègues me dire que les syndicats ne servent à rien.

Mais les syndicats, c'est nous !

Si nous voulons qu'ils agissent plus, mieux, qu'ils soient plus près du terrain, à nous de les faire bouger, de les interpeller, de nous engager.

Ils n'existent que pour défendre nos droits et nos valeurs.

Mais en même temps, ils n'existent que par nos adhésions et notre soutien.

Je ne me suis jamais considéré comme un militant syndical, mais j'ai toujours été payé ma cotisation syndicale, pour une raison très simple : je n'oublie pas que des personnes sont mortes pour que nous ayons le droit, ce droit tout simple, d'être représentés et défendus face au pouvoir en place. Je n'oublie pas qu'aujourd'hui encore, dans certains pays pas éloignés, les syndicalistes sont menacés et assassinés.

La démocratie ne s'use que si l'on ne s'en sert pas !!

Un mot encore pour terminer. Une lecture rapide de mon texte pourrait faire croire que j'en veux à nos supérieurs hiérarchiques directs, les IEN !

Il n'en est rien !

Je connais la plupart des inspecteurs du département. Il y en a que je compte parmi mes amis. J'ai suffisamment discuté ou milité avec certains d'entre eux pour savoir qu'ils ne sont pas plus emballés que moi par l'évolution actuelle de l'Ecole. Comme nous, plus que nous certainement, ils sont pris entre le marteau et l'enclume, entre l'inertie du monde enseignant et les pressions de leur hiérarchie.

Je ne voudrais pas être à leur place, mais ils ont choisi et comme nous, ils ont la liberté !

· La liberté d'être de simples courroies de transmission, d'essayer de nous convaincre que tout va bien, que les nouveaux programmes ne changent pas grand-chose par rapport aux anciens, que l'on peut faire dans les 24 heures qui nous restent tout ce qui est demandé par ces fameux programmes, même la religion et les trois heures d'allemand.

· Ou la liberté de parler vrai, de défendre leurs convictions, d'être des citoyens avant d'être des fonctionnaires !

Et peut être de résister !!!

Bon courage à vous tous.

Roland BRAUN
Directeur de l'école Saint Exupéry à Colmar
le 16 octobre 2008

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